mardi 29 avril 2008

Antidépresseurs : les risques durant la grossesse

antidepresseurs, dangereux enceinte Une expérience conduite par une équipe de l'Inserm montre que des souriceaux exposés à ces psychotropes ont des troubles du sommeil à l'âge adulte. Six millions de Français souffrent d'insomnie. Une équipe de chercheurs français de l'Inserm vient de démontrer, dans l'édition d'avril du Journal of Neuro-science, à partir de travaux chez la souris, que la régulation du sommeil se programme dans les toutes premières années de vie. Cette période serait essentielle au bon fonctionnement des neurotransmetteurs cérébraux qui font en particulier intervenir la sérotonine dans la régulation du sommeil. Il est avéré que les perturbations du fonctionnement de ce système provoquent des troubles du sommeil, de l'anxiété, voire de la dépression. Or chez les personnes dépressives, la plupart des traitements sont à base d'inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, qui agissent en augmentant artificiellement son taux dans la synapse (le site de contact entre deux neurones). Des traitements qui ne sont pas sans conséquence. L'équipe de Joëlle Adrien, directrice de l'Unité 677 consacrée à la neuropsychopharmacologie, a traité des souriceaux avec des antidépresseurs durant quinze jours, juste après leur naissance. Après les avoir suivis sur une longue période, elle a constaté que ce régime induisait par la suite des troubles du sommeil, celui-ci étant fragmenté et peu réparateur. Des perturbations proches de celles observées dans la dépression et qui persistaient tout au long de leur vie. En revanche, si un tel traitement leur était administré après la puberté, ils n'ont constaté aucune conséquence dommageable. «Ces travaux nous donnent à penser que les trois premières semaines de vie chez la souris constituent une période critique durant laquelle s'installe et se consolide l'impact du système sérotoninergique sur la régulation du sommeil et des comportements émotionnels (anxiété et dépression)», analyse la neurobiologiste. «Et une fois ce système mis en place, il semble qu'il ne soit plus possible de le modifier.» La programmation du sommeil se fait donc dans une période relativement courte du développement. Prudence des chercheurs Donner des antidépresseurs qui augmentent artificiellement le taux de sérotonine à des souriceaux a donc un effet paradoxal, provoquant longtemps après des symptômes dépressifs. A contrario, chez des petits rongeurs dotés d'un système à sérotonine qui génétiquement fonctionne trop vite, si on leur administre durant cette même période de trois semaines des substances qui vont bloquer le fonctionnement des récepteurs à la sérotonine, ces petits muridés récupéreront un sommeil réparateur et un contrôle émotionnel normal tout au long de leur existence. De là à extrapoler à l'être humain, les chercheurs restent extrêmement prudents. Mais ils mettent néanmoins l'accent sur la nécessité d'évaluer les effets à très long terme d'un traitement par antidépresseurs chez l'enfant (assez rarement prescrit en France mais beaucoup plus aux États-Unis) et aussi chez la femme enceinte. Combien sont concernées par de telles prescriptions dans notre pays ? On l'ignore mais aux États-Unis elles seraient au moins 10 %. Une étude visant à évaluer a posteriori les conséquences chez l'enfant d'une femme qui a pris de tels médicaments durant sa grossesse devrait démarrer l'année prochaine. Mais, dans l'immédiat, ils estiment qu'il faut mettre en garde sur les risques à très long terme de ces antidépresseurs susceptibles d'induire une certaine fragilité du sommeil et du contrôle émotionnel. Rappelons qu'avec la vie moderne qui impose des rythmes de plus en plus frénétiques, on ne dort plus autant qu'on en aurait besoin. En l'espace de quatre-vingts ans, les Français ont perdu quotidiennement d'une à deux heures dans les bras de Morphée. Source : Lefigaro.fr