mardi 10 mars 2009

Les biberons seront bientôt garantis sans bisphénol A

Les biberons AVENT sont garantis depuis mars 2009 sans BPA ! Faut-il interdire le bisphénol A (BPA), cette substance chimique utilisée pour la composition de certaines matières plastiques, notamment les biberons, ou encore les récipients pour micro-ondes, les revêtements de boîtes de conserve, de cannettes, etc. ? La toxicité éventuelle du BPA est depuis plusieurs mois au centre d'une vive controverse. Les six plus gros fabricants américains de biberons (Avent, Disney First Years, Gerber, Dr. Brown, Plaxtex et Evenflow) vont cesser de vendre, aux Etats-Unis, des produits avec du BPA, a annoncé jeudi 5 mars Richard Blumenthal, ministre de la justice de l'Etat du Connecticut. "Des indications scientifiques grandissantes montrent que même de faibles quantités de BPA sont néfastes aux systèmes reproductif, neurologique et immunitaire", écrit M. Blumenthal, qui souhaite "une interdiction totale de ce produit". Même mobilisation en France. Le tout nouveau Réseau environnement santé (RES), qui regroupe associations, ONG et scientifiques, demande aussi "l'interdiction du BPA dans les plastiques alimentaires". Selon le RES, il n'y a aucun doute sur la dangerosité de la substance, particulièrement pour les nouveau-nés, en raison de son caractère de perturbateur endocrinien. "Le BPA est suspecté dans les grands problèmes de santé : cancer du sein, de la prostate, diabète, obésité, atteinte de la reproduction, maladies cardio-vasculaires...", souligne André Cicollela, chercheur en santé environnementale et porte-parole du RES. Au nom du principe de précaution, le Canada est pour l'instant le seul pays à avoir interdit, en octobre 2008, les biberons avec BPA. Quelle est l'attitude des fabricants de biberons en France ? "Nous allons arrêter la production des biberons avec bisphénol A et proposer, d'ici quelques mois, des biberons en plastique sans BPA", a indiqué Jean-Paul Vulliermet, président de l'enseigne de puériculture Béaba, vendredi 6 mars. "Le doute est extrêmement faible mais cette polémique angoisse inutilement les mamans", poursuit M. Vulliermet. "Philips Avent a décidé de commercialiser une gamme en polyéthersulfone (PES), sans BPA", annonce de son côté Alexandre Telinge, directeur de la communication de Philips France. Dodie propose depuis trois ans une gamme de biberons sans BPA, en polypropylène, et des biberons en verre (environ 8 % du marché). Dans tous les cas, le fabricant recommande aux parents de ne pas utiliser de biberons abîmés ou vieillis, de préférer le lavage à la main au lave-vaisselle, et de ne pas surchauffer les biberons, en ne dépassant pas 30 secondes en cas d'utilisation d'un micro-ondes. Lorsqu'ils sont chauffés ou en contact avec des liquides chauds, les plastiques libéreraient 55 fois plus de BPA qu'à des températures normales. Tous les fabricants de biberons se fondent sur l'avis de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), publié le 24 octobre 2008, qui estime que les niveaux d'exposition des nourrissons au BPA sont inférieurs à la dose journalière tolérable (DJT) de 50 microgrammes par kilogramme de poids corporel. Si le BPA inquiète les associations et les scientifiques, tous ne sont pas d'accord sur les conséquences pour la santé. Les autorités françaises et européennes estiment que les doses présentes sont trop peu importantes pour représenter un danger, alors que le Canada a interdit en avril 2008 la commercialisation des biberons contenant la substance. Des études américaines ont en effet démontré que même à faibles doses, il y a des risques pour le cerveau, la prostate et les glandes mammaires. En France, plusieurs scientifiques ainsi que des ONG de défense de l'environnement et des associations de malades ont lancé fin février un "Réseau environnement santé" (RES), afin de peser dans le débat public. Leur première campagne dénonce le bisphénol A : pour eux, cette substance chimique exige l'application du principe de précaution. Selon le RES : "Le BPA agit comme un perturbateur endocrinien et est impliqué dans des affections aussi variées que les problèmes de reproduction, l'obésité, les cancers du sein et de la prostate, le diabète, les dysfonctionnements thyroïdiens et les problèmes d'attention chez les enfants. L'exposition en bas âge peut augmenter une prédisposition aux cancers en affectant la programmation génétique du développement des individus." Le RES corrobore la dernière étude du CRIIGE (Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique) menée en février 2009, qui considère lui aussi qu'il "paraît dangereux aujourd'hui pour la santé humaine de continuer à utiliser le BPA en particulier dans les emballages à contact alimentaire" et que "son utilisation dans l'industrie devrait être interdite". En 2008, un document rendu public par le Ministère Canadien de la santé soulignait "certaines inquiétudes quant à des effets sur le système nerveux et hormonal des fœtus, des nouveau-nés et des enfants avec les niveaux actuels du bisphénol A se retrouvant dans l’alimentation". En France, le BPA est présent dans neuf biberons sur dix ! Les Verts demandent l’interdiction immédiate de la commercialisation de biberons constitués de plastique contenant du bisphénol A (BPA), comme ce fut fait pour l’utilisation des phtalates dans les jouets et articles d’enfants. Combien de temps Roselyne Bachelot va-t-elle attendre avant de réagir ?